L’INED (Institut national d’études démographiques) a publié le 31 janvier 2026 une étude qui fait le point sur le congé paternité en France, quatre ans après sa réforme. Les résultats sont encourageants. Mais des obstacles demeurent.

La réforme de 2021 a changé la donne

Depuis juillet 2021, le congé paternité est passé de 11 à 25 jours. Cinq ans plus tard, les chiffres parlent d’eux-mêmes. 81 % des naissances survenues entre juillet 2021 et décembre 2023 ont donné lieu à une prise du congé de paternité au-delà de la semaine obligatoire, contre environ 75 % avant la réforme. Une progression réelle, même si elle peut paraître modeste en apparence : elle traduit une évolution profonde des comportements dans un temps très court.

Et les pères ne se contentent pas du minimum. Dès 2022, 59 % des pères ont utilisé la totalité des 25 jours disponibles, démontrant l’attractivité de cette nouvelle durée.

Un congé de plus en plus souple…

La réforme de 2021 a également introduit la possibilité de fractionner son congé : c’est-à-dire de le répartir sur plusieurs périodes plutôt que de le prendre d’un bloc. 23 % des pères ont eu recours au fractionnement au second semestre 2021, puis 33 % au second semestre 2023.

Ce fractionnement permet notamment d’adapter son absence aux réalités du couple. Un quart des congés fractionnés sont pris en partie après le retour au travail de la mère. Autrement dit, de plus en plus de pères choisissent de garder des jours de congé pour se retrouver seuls avec leur enfant, un moment jugé particulièrement précieux pour construire le lien paternel.

Le congé « en solo » : une pratique encore rare, mais en forte hausse

C’est l’un des enseignements les plus significatifs de l’étude. 8 % des naissances donnent lieu à un congé pris après le retour au travail de la mère, contre seulement 2 % avant 2021. Ce mode d’organisation, soit le père seul à la maison avec son bébé pendant que sa compagne a repris son activité professionnelle, est jugé le plus favorable à l’investissement paternel dans les tâches parentales.

Qui prend le congé ? Un profil qui s’élargit

Bonne nouvelle : le congé paternité ne concerne plus seulement les pères les mieux insérés dans l’emploi. Les travailleurs indépendants et les pères moins diplômés y recourent désormais plus qu’avant la réforme. L’écart se réduit aussi selon le niveau de formation : les pères titulaires du baccalauréat sont désormais au même niveau d’utilisation que les diplômés du supérieur, et l’usage progresse à nouveau chez les non-bacheliers après une période d’érosion entre 2013 et 2021.

Des freins qui persistent

Toutefois, l’étude ne cache pas les difficultés qui subsistent. Les contraintes professionnelles, notamment la charge de travail excessive, sont aujourd’hui plus fréquemment citées comme motif de non-recours. 8,5 % des pères évoquent des raisons financières, un chiffre possiblement amplifié par l’inflation récente.

Les situations les plus précaires restent les plus exposées. Les pères en contrat court, au chômage ou peu diplômés invoquent plus souvent des arguments financiers et la complexité des démarches administratives. Les indépendants, bien qu’en progression, affichent encore un taux d’utilisation plus faible : 55 % d’entre eux prennent la totalité du congé.

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