Il y aurait de plus en plus de naissances avec le télétravail. Une équipe de chercheurs de Stanford, Princeton et plusieurs institutions internationales a publié en janvier 2026 la première étude (américaine) à grande échelle démontrant que le télétravail est associé à une hausse de la fécondité. Un résultat qui relance le débat sur les politiques natalistes.
Une fécondité plus élevée avec le télétravail
L’étude, intitulée Work from Home and Fertility et publiée le 29 janvier 2026, est signée par Nicholas Bloom (Stanford), José María Barrero (ITAM), Steven J. Davis (Hoover Institution), ainsi que des chercheurs de Princeton, de l’EBRD et de l’Institut Ifo. Ces chercheurs ont analysé les données du Global Survey of Working Arrangements et du U.S. Survey of Working Arrangements and Attitudes, couvrant plus de 11 000 répondants âgés de 20 à 45 ans dans 38 pays.
Le résultat ? La fécondité réalisée entre 2023 et début 2025, ainsi que la fécondité planifiée, sont plus élevées chez les adultes qui télétravaillent au moins un jour par semaine. Lorsque les deux partenaires d’un couple télétravaillent au moins un jour par semaine, la fécondité totale estimée est supérieure de 0,32 enfant par femme par rapport aux couples où aucun des deux ne télétravaille.
En termes relatifs, la fécondité réalisée est 14 % plus élevée lorsque les deux partenaires travaillent à domicile au moins un jour par semaine, comparé aux couples où aucun ne le fait. Aux États-Unis spécifiquement, cet écart monte à 18 %, soit 0,45 enfant de plus par femme.
Un effet même quand un seul partenaire télétravaille
L’étude précise que l’effet n’est pas réservé aux couples où les deux travaillent à domicile. Même lorsqu’un seul des deux partenaires télétravaille, le couple est davantage susceptible d’avoir un enfant. Par ailleurs, pour les hommes comme pour les femmes, augmenter la part de télétravail dans leur profession élève la fécondité. Et cet effet est encore renforcé si le partenaire travaille également dans une profession à fort potentiel de télétravail.
80 000 naissances supplémentaires aux États-Unis
Au-delà des chiffres individuels, l’étude tente de mesurer l’effet global sur la société. Les États-Unis ont enregistré 80 000 naissances supplémentaires entre 2021 et 2025, période pendant laquelle la pandémie a imposé puis généralisé le télétravail.
Selon les estimations des chercheurs, le télétravail représente aujourd’hui 8,1 % de la fécondité américaine, soit environ 291 000 naissances par an en 2024.
Pourquoi ce lien existe-t-il ?
Mais pourquoi le télétravail augmente-t-il la fécondité ? Les auteurs de l’étude identifient trois mécanismes possibles.
Le premier est une causalité directe : en facilitant la conciliation entre éducation des enfants et emploi rémunéré, le télétravail pousse les femmes et leurs partenaires à choisir une fécondité plus élevée.
Le deuxième est une sélection pure : les familles ayant déjà des enfants choisiraient des emplois offrant le télétravail, sans que la fécondité en soit influencée.
Le troisième mêle sélection et causalité : la disponibilité d’emplois en télétravail augmente la fécondité en élargissant les possibilités futures de choisir des emplois compatibles avec la parentalité.
Nicholas Bloom, un des auteurs de l’étude, résume ainsi : travailler à domicile « encourage les couples à avoir des enfants » et pourrait avoir un impact immédiat sur la baisse des taux de natalité. « Cela n’est guère surprenant, car pouvoir travailler à domicile 1 ou 2 jours par semaine facilite la garde des enfants. »
Un contexte de crise nataliste mondiale
Cette étude paraît dans un contexte préoccupant pour la natalité américaine. Depuis la fin du baby-boom au début des années 1960, les Américains ont de moins en moins d’enfants. En 2024, le taux de natalité a atteint un niveau historiquement bas, les femmes américaines ayant en moyenne 1,6 enfant chacune. Un taux de fécondité américain bien en dessous du seuil de remplacement fixé à 2 100 naissances pour 1 000 femmes.
Face à cela, le développement des opportunités de télétravail constituerait une solution moins coûteuse à mettre en œuvre que les incitations financières proposées par ailleurs. Un rapport de l’ONU a conclu que les paiements uniques aux nouveaux parents ne suffisent généralement pas à augmenter significativement les taux de fécondité.
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