Dans les crèches et les écoles maternelles, le choix des jeux et jouets ne relève plus uniquement de la pédagogie. Les collectivités et professionnels de la petite enfance doivent désormais intégrer des enjeux environnementaux, sanitaires et économiques dans leurs achats. Dans ce contexte, les jeux en bois connaissent un regain d’intérêt important. Longtemps considérés comme des produits traditionnels ou réservés à certaines pédagogies alternatives, ils apparaissent aujourd’hui comme une réponse possible aux limites du modèle du jouet plastique.

Un contexte international qui touche l’industrie du jouet

Cette évolution s’inscrit dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et économiques qui touchent directement l’industrie du jouet. La majorité des jouets vendus en Europe est fabriquée en Asie, principalement en Chine, avec une forte dépendance au plastique, matériau issu de la pétrochimie. La hausse des coûts du transport maritime, les perturbations des chaînes logistiques observées depuis la crise sanitaire et l’augmentation du prix des matières premières (notamment due à la guerre) ont mis en évidence la fragilité de cette organisation mondiale. Selon le ministère de la Transition écologique, le plastique reste par ailleurs un matériau fortement émetteur de gaz à effet de serre tout au long de son cycle de vie, de sa fabrication à son traitement en fin d’usage.

Le bois, matériau durable et écologique

Dans ce contexte, le bois attire de plus en plus les acheteurs publics. Le matériau présente plusieurs avantages. Lorsqu’il provient de forêts gérées durablement, il constitue une ressource renouvelable capable de stocker du carbone. L’Agence de la transition écologique rappelle que le bois possède un impact environnemental généralement inférieur à celui des matériaux plastiques issus du pétrole, notamment lorsqu’il est produit et transformé localement.

Pour les professionnels de la petite enfance, la durabilité constitue l’un des principaux arguments en faveur des jeux en bois. Dans les structures collectives, les jouets sont utilisés quotidiennement et soumis à une forte usure. Les équipements doivent donc résister aux manipulations répétées, aux chocs et au temps. Les fabricants spécialisés mettent régulièrement en avant la robustesse du bois, qui permet souvent une utilisation sur plusieurs années. Cette longévité peut limiter les renouvellements fréquents et réduire les coûts liés à la casse.

Des jouets en bois prisés mais plus chers

Le coût d’achat reste cependant un sujet central pour les établissements. Les jeux en bois sont généralement plus chers que leurs équivalents en plastique. Un lot de blocs de construction en bois destiné aux écoles et crèches peut être proposé autour de vingt euros hors taxes pour cinquante pièces sur certaines plateformes d’achat, tandis que certains mobiliers et équipements en bois atteignent plusieurs centaines d’euros. Toutefois, plusieurs collectivités considèrent désormais le coût global d’usage plutôt que le seul prix d’achat initial. Un produit plus durable peut en effet devenir économiquement intéressant sur le long terme.

Des jouets plus sûrs ?

Les jeux en bois répondent également à une demande croissante des familles et des professionnels concernant la qualité des matériaux utilisés au contact des jeunes enfants. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail souligne régulièrement la nécessité de limiter l’exposition des enfants à certaines substances chimiques présentes dans les objets du quotidien, notamment les perturbateurs endocriniens que l’on peut retrouver dans certains plastiques. Même si les jouets commercialisés en Europe doivent respecter des normes strictes, cette préoccupation contribue à renforcer l’intérêt pour les matériaux naturels.

Des jouets en bois pour les activités sensorielles

Sur le plan pédagogique, les jeux en bois sont souvent associés à des approches favorisant l’autonomie, la manipulation et l’imagination. Leur aspect volontairement sobre et leur texture naturelle s’intègrent facilement dans les espaces d’éveil des jeunes enfants. Dans les établissements inspirés des pédagogies Montessori ou Reggio Emilia, le bois est largement privilégié pour les activités sensorielles et la motricité fine.

Pour autant, les spécialistes rappellent que le bois ne constitue pas automatiquement une solution écologique parfaite. L’impact environnemental dépend aussi des conditions de fabrication, du transport, des traitements appliqués au matériau et de la durée réelle d’utilisation du produit. Un jouet fabriqué à l’autre bout du monde avec des vernis chimiques peut perdre une partie de son intérêt écologique. L’ADEME insiste ainsi sur l’importance de privilégier des produits robustes, réparables et fabriqués à partir de matériaux certifiés.

Le plastique conserve par ailleurs certains avantages pratiques. Il reste léger, facilement lavable et peu coûteux à produire. Dans certaines situations, notamment pour les jouets nécessitant des pièces techniques complexes ou des contraintes sanitaires spécifiques, il demeure difficile à remplacer totalement.

Vers une coexistence bois-plastique ?

L’avenir du secteur semble donc davantage s’orienter vers une coexistence des matériaux plutôt qu’un remplacement intégral du plastique par le bois. Néanmoins, dans les crèches et écoles maternelles, où les besoins concernent principalement les jeux d’éveil, de construction et de manipulation, les jeux en bois apparaissent aujourd’hui comme une alternative crédible et de plus en plus recherchée.

Cette évolution traduit une transformation plus large des politiques d’achat dans la petite enfance. Les établissements cherchent désormais des équipements capables de concilier qualité pédagogique, durabilité, sécurité et responsabilité environnementale. Dans ce contexte, le retour du bois ne relève plus seulement d’une tendance esthétique ou éducative, mais d’une réflexion globale sur la manière de concevoir les espaces et les matériels destinés aux jeunes enfants.

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