Fessée, cri, menace, humiliation… Beaucoup de parents ont, un jour, eu recours à l’un de ces gestes sans forcément le considérer comme une « violence ». C’est justement ce que mesure, depuis 2022, le baromètre des violences éducatives ordinaires (VEO) réalisé par l’IFOP pour la Fondation pour l’Enfance. Sa troisième édition, dont l’enquête de terrain s’est déroulée du 30 janvier au 9 février 2026, a été rendue publique le 17 avril 2026. Elle s’inscrit pour la première fois dans le cadre d’un projet de recherche plus large, baptisé Prévéo (« Prévention des violences éducatives ordinaires »), mené avec la Fondation de l’Université de Bretagne Occidentale. Explications.
Au sommaire :
Que sont les « violences éducatives ordinaires » ?
L’expression désigne l’ensemble des gestes et paroles à visée éducative, coercitifs ou punitifs, soi-disant « recommandés dans la société pour « éduquer » un enfant : tapes, fessées, pincements, mais aussi cris, moqueries, propos humiliants, menaces, chantage ou culpabilisation, (selon l’Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire (OVEO)). Ces pratiques sont qualifiées d’« ordinaires » parce qu’elles sont banalisées dans le quotidien des familles, en dehors de toute intention de maltraiter l’enfant.
Depuis la loi n° 2019-721 du 10 juillet 2019, l’article 371-1 du Code civil précise que l’autorité parentale « s’exerce sans violences physiques ou psychologiques ». La France est ainsi devenue le 56e pays à interdire les châtiments corporels envers les enfants.
Une enquête menée auprès de plus de 1 000 parents
Le baromètre 2026 des violences éducatives ordinaires a interrogé un échantillon de 1 005 parents d’enfants âgés de 0 à 17 ans, représentatif de la population française selon la méthode des quotas, par questionnaire auto-administré en ligne. Les résultats dressent un tableau contrasté : les parents se montrent globalement réceptifs aux messages en faveur d’une éducation sans violence, mais l’appropriation de ces principes reste partielle.
Des violences encore très présentes au quotidien
Un chiffre marquant de cette édition : 84 % des parents déclarent avoir eu recours à au moins une violence éducative au cours des 12 derniers mois, dont 83 % à des violences verbales ou psychologiques et 41 % à des violences physiques. La fessée, en particulier, reste pratiquée par plus d’un parent sur cinq (22 % ont donné une tape sur les fesses à main nue au moins une fois dans l’année).
Une connaissance encore floue, une légitimité qui persiste
Plus de 7 parents sur 10 (72 %) disent connaître la notion de violence éducative ordinaire, mais ses contours restent flous. En effet, les parents interrogés hésitent souvent à dire si tel ou tel geste en relève ou non. Cette méconnaissance va de pair avec une légitimité persistante accordée à certaines pratiques, à des réflexes éducatifs ancrés dans les habitudes sociales : 32 % des parents pensent que les punitions psychologiques permettent d’apprendre à l’enfant ce qui est bien ou mal, et 7 parents sur 10 considèrent la fessée comme une violence plus acceptable que d’autres (36 %, contre 9 % pour une gifle au visage) ou comme le seul moyen de se faire obéir (30 %).
Le baromètre relève également un écart net entre les représentations des hommes et des femmes : 40 % des pères estiment que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à bien se comporter, contre 25 % des mères. Autre enseignement : les parents qui ont eux-mêmes subi des violences éducatives dans leur enfance ont davantage tendance à normaliser et à reproduire ces pratiques, qu’elles soient physiques ou verbales.
Sur le plan légal, 80 % des parents ont le sentiment que les lois françaises découragent les punitions corporelles.
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