Deux ans après la naissance de leur enfant, comment les pères s’organisent-ils entre leur vie familiale et leur vie professionnelle ? Le dernier rapport de la DREES publié en janvier 2025 (Direction de la recherche, des études, de l’évolution et des statistiques), issu de la deuxième vague de l’enquête « Paternage », dresse un portrait nuancé du père d’aujourd’hui, partagé entre nouvelles aspirations et réalités persistantes.
Un congé paternité plus long
Cette deuxième phase de l’étude arrive après une première vague qui se concentrait sur la première année de vie de l’enfant et l’impact du congé de paternité. L’objectif global de l’étude de la DRESS vise à constater l’impact de l’évolution de l’augmentation du congé paternité de 11 à 25 jours (et le droit de le fractionner) et notamment les ajustements opérés par les pères dans leur quotidien, suite à la naissance de leur enfant.
Une volonté affirmée d’être un père présent
Les discours des pères rencontrés dans l’enquête (soit 49) convergent : ils veulent être présents pour leur enfant, développer une relation affective forte, et participer activement à la vie familiale. La réforme du congé de paternité de 2021, qui a porté sa durée à 25 jours, a encouragé l’investissement paternel dès les premières semaines de vie de l’enfant. Ce congé est perçu comme un moment privilégié, marquant une plus grande égalité dans la répartition des tâches au sein du foyer.
Mais sans modifier leur vie professionnelle
Mais cette envie affichée d’équilibre reste une « parenthèse enchantée » lors du congé paternité. En effet, peu de pères modifient réellement leur trajectoire professionnelle notamment. Ils privilégient toujours leur carrière. La grande majorité d’entre eux continue de travailler à temps plein, souvent avec des horaires extensifs, ou rapportent du travail à la maison (notamment les cadres). Ceux qui envisagent sérieusement un passage à temps partiel restent très rares. Les ajustements restent alors modestes : quelques départs plus précoces du bureau pour récupérer l’enfant, un recours ponctuel au télétravail pour mieux articuler vie familiale et emploi, mais sans véritable remise en cause de leur engagement professionnel. Les promotions, les opportunités de carrière, et le poids des normes en entreprise l’emportent souvent sur la volonté d’être davantage disponible à la maison.
Il y a toutefois des exceptions. « J’ai choisi de changer de travail pour gagner du temps de route, mieux s’organiser au quotidien, et être plus présent pour mes enfants, même s’il a fallu accepter un salaire plus bas » souligne un père de deux adolescentes.
Un partage des tâches encore inégalitaire
Dans l’organisation domestique, les pères sont de plus en plus présents, mais la charge reste majoritairement assumée par les mères la semaine. Le quotidien est souvent chronométré, entre trajets, repas, bains et couchers. Les pères prennent volontiers leur part le week-end, dans des tâches visibles et ponctuelles, mais ils restent en retrait sur les tâches répétitives du quotidien. Certains couples compensent cet écart par le recours à des aides extérieures pour tenter de trouver un équilibre. Livraison de repas, aides ménagères, achat de robots ménagers, autant de solutions pour gagner du temps sans modifier en profondeur la répartition domestique…
Un aspect que constate une jeune mère de famille, de deux enfants de 3 et 6 ans : « Mon conjoint est investi : il participe aux rendez-vous médicaux, aux sorties scolaires, aux activités, il aide aux devoirs, joue avec eux, s’implique vraiment dans leur quotidien. Pourtant, malgré cette répartition plus équilibrée que dans beaucoup de foyers, la charge mentale et l’organisation quotidienne restent principalement sur mes épaules. Et malgré tout, on me dit encore que j’ai « de la chance » d’avoir un conjoint qui m’aide… Comme si un père engagé faisait figure d’exception, alors que ça devrait être simplement normal. »
Les pères veulent des temps de qualité avec leur enfant
Conscients de ne pouvoir offrir un temps massif à leur enfant, les pères valorisent un « temps de qualité » au lieu de la quantité, selon ceux interrogés. Ils privilégient les activités relationnelles et plaisantes : jeux d’éveil, lectures du soir, sorties au parc. Ce sont ces moments de complicité qu’ils cherchent à renforcer, tout en évitant les aspects plus fatigants ou conflictuels de la parentalité, comme les repas ou les soins quotidiens. L’engagement affectif est donc fort, mais sélectif.
Des tensions sur le couple et sur le temps personnel
Cet équilibre fragile a un coût. Le temps dédié au couple s’effrite, relégué aux marges d’une journée bien remplie. Les pères évoquent une grande fatigue, des difficultés à préserver des moments conjugaux, et parfois un sentiment d’enfermement dans une routine où la vie professionnelle, parentale et personnelle peinent à s’accorder. Certains expriment aussi la difficulté de trouver du temps pour eux-mêmes, notamment pour maintenir une vie sociale ou des loisirs individuels. Mais certains indiquent vouloir permettre à « la mère » de souffler en lui permettant de prendre un peu de temps pour elle.
Un modèle en lente mutation
Le père d’aujourd’hui s’engage donc plus qu’hier auprès de son enfant, dans une démarche affective valorisée socialement. Pourtant, il reste encore largement inscrit dans des modèles traditionnels : celui de l’homme investi dans sa carrière, celui du soutien économique du foyer, et celui qui, malgré ses aspirations égalitaires, reproduit des inégalités dans le partage des tâches domestiques et parentales.
Le rapport souligne enfin que ces tendances ne sont pas homogènes : elles varient selon les situations professionnelles, les revenus, les milieux sociaux, et les configurations familiales. La suite de l’enquête, avec une troisième vague prévue après l’entrée en maternelle des enfants suivis, permettra d’évaluer plus finement l’évolution de ces pratiques sur le long terme.
Il y a donc, messieurs, encore un peu de travail à faire pour bien ou mieux répartir les tâches du quotidien, celles de la vie familiale au sein du couple…
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